Gestionnaires : Devez-vous diriger votre équipe en tant que club de sport communautaire ou en tant que programme d’athlètes de haut niveau ?

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Bernard Letendre, LL.B., LL.M.

Chef de la gestion de patrimoine et d’actifs, Canada, Manuvie

 

Voici une question intéressante pour vous : devriez-vous diriger votre équipe au travail comme un club de sport communautaire ou comme un programme pour athlètes de haut niveau ?

Non. Ne répondez pas encore.

Je sais, je sais : vous êtes un type de personne très performant. Vous visez les étoiles. Bien sûr, vous dirigez votre équipe comme un programme de haute performance. Mais prenons encore quelques minutes pour examiner la question ensemble.

La plupart des gens ont fait l’expérience, à un moment de leur vie, de faire partie d’un type ou d’un autre de programme sportif structuré. Peut-être que vos parents vous ont inscrit dans un club de football quand vous étiez enfant, ou peut-être avez vous fait de la gymnastique ou de l’athlétisme à l’adolescence. Quel que soit votre sport, même si vous avez continué à compétitionner à l’échelle nationale ou internationale, vous avez probablement commencé dans un club communautaire avant d’être appelé à aller accomplir quelque chose de plus grand. Mais même si vous n’avez jamais vraiment participé à des sports organisés, vous avez probablement des idées sur la question, vous êtes donc le bienvenu de vous joindre à nous.

Il y a une quinzaine d’années, j’ai invité une collègue de travail à me rejoindre au dojo pour un entraînement de judo. Elle est arrivée au club, a échangé quelques mots avec mon sensei, s’est changée et s’est jointe à nous sur les tatamis pour le cours.

Il y avait une quarantaine de personnes sur les tatamis ce soir-là, avec une expérience allant de quelques mois à plusieurs décennies. En tant que participante à son tout premier cours de judo, elle a été prise en charge par des judokas plus expérimentés – ceintures bleues, marrons et noires qui se sont relayées tout au long du cours pour s’assurer qu’elle était bien prise en charge et apprenait les bases. Autour d’elle, le cours se déroulait comme à l’habitude.

Ma collègue, à l’époque, était une cycliste de compétition de haut niveau. Elle était dans une forme physique fantastique — en meilleure forme que toutes les personnes présentent sauf les athlètes les plus compétitifs de notre club. Lorsque nous nous sommes réunis au travail le lendemain pour discuter de son expérience, je lui ai demandé comment elle l’avait trouvée l’expérience.

Il s’est avéré qu’elle avait vraiment détesté l’expérience. En tant que cycliste, elle a trouvé le contact physique intense du judo assez rebutant (ce n’est pas inhabituel – ma propre femme a eu une expérience similaire quinze ans plus tôt). Mais ce n’était pas l’aspect de l’expérience qui a eu le plus grand impact sur elle « Ce que je ne comprends pas », m’a-t-elle dit, « c’est pourquoi tous ces gens interrompaient leur propre entraînement pour s’occuper d’une débutante comme moi. »

Je me souviens avoir été complètement perplexe face à son commentaire. C’était tellement inattendu et m’a tellement jeté au dépourvu qu’il m’a fallu quelques secondes pour retrouver mon équilibre.

« Eh bien ! », lui ai-je dit, « c’est juste la façon dont les choses fonctionnent dans un dojo : aider les débutants est une responsabilité collective de toutes les personnes plus expérimentées. En fait, plus le judoka est expérimenté, plus sa responsabilité est grande. C’est pourquoi toutes ces ceintures noires très expérimentées se sont dévouées au maximum hier soir pour s’assurer que tu vives la meilleure expérience possible. C’est ainsi que cela fonctionne. »

Ma collègue, bien sûr, avait une expérience du sport très différente. Comme elle l’a expliqué, pour elle, chaque minute d’entraînement — chaque minute d’éveil en fait — était centrée sur un objectif et un seul objectif : gagner. Si quelque chose ne soutenait pas cet objectif, elle ne le faisait pas.

Quelques mois plus tard, avec un groupe de collègues du travail nous avons pris part à une course de bateaux-dragons dans laquelle notre équipe, si je me souviens bien, a terminé troisième sur quelques dizaines. Je me souviens avoir été ravi que notre équipe de pagayeurs occasionnels se soit réunie si brillamment pour obtenir un si beau résultat. L’un de mes collègues, par contre, s’est senti très déçu que nous n’ayons pas réussi à terminer à la première place.

Il n’y a rien de mal bien sûr à faire tout son possible pour atteindre la première place. Christine Green, professeur de gestion du sport à l’Université George Mason, écrit ce qui suit :

« Il est certainement possible de former une équipe qui cherche à gagner, tout en garantissant une contribution égale (au moins en termes de temps de jeu) de tous les membres de l’équipe. Une équipe qui apprend à valoriser chaque membre pour sa contribution unique sur le terrain et ailleurs peut se traduire par des individus plus tolérants aux différences et plus susceptibles de voir au-delà des stéréotypes. Pourtant, ces résultats dépendent entièrement de l’expérience du programme, y compris des valeurs. » (Sport as an Agent for Social and Personal Change. Quoted in Management of Sports Development, Taylor & Francis, Kindle Edition, 3323-3327.)

Pour en revenir à ma question initiale, l’éthique organisationnelle des clubs communautaires et des programmes de haute performance pourrait difficilement être plus différente. Les clubs communautaires que j’ai appris à connaître au fil des ans sont généralement ouverts et accueillants pour tous. Ils rassemblent des participants ayant une grande variété de capacités athlétiques et visent à aider les gens à devenir la meilleure version d’eux-mêmes, quoi que cela puisse signifier pour eux. Les programmes communautaires essaient de développer chez leurs membres l’amour de l’activité physique et le fait qu’une personne a commencé à l’âge de dix ans et continue de venir suer encore quelques fois par semaine au club dans la soixantaine (ou soixante-dix ou quatre-vingts) est considérée comme la plus haute des réalisations.

Les clubs de haute performance sont par définition extrêmement compétitifs. L’accent est mis sur la victoire dans le sens étroit de la collecte de podiums, de médailles et de championnats et tout ce qui entrave la victoire doit être soigneusement examiné. De telles organisations sont par nature extrêmement sélectives et votre appartenance à l’équipe n’est jamais assurée. Il n’y a pas d’athlète de soixante-dix ans dans les équipes d’élite. Si vous ne performez pas au plus haut niveau — que ce soit toujours ou la plupart du temps —, vous êtes exclus. C’est juste comme ça et tout le monde le comprend aussi angoissant que cela puisse être (et c’est le cas).

J’ai souvent entendu des gens dire qu’ils aiment recruter des athlètes de haut niveau dans leurs équipes en raison des qualités personnelles qu’ils apportent ainsi que de leur capacité à performer efficacement au sein d’une équipe. Mais selon les circonstances, le sport peut favoriser des comportements hautement bénéfiques ou très préjudiciables. Comme l’explique le professeur Green après avoir examiné une abondante littérature académique sur le sujet, « il est clair que les effets du sport dépendent des expériences qu’il offre, et ces expériences dépendent des variations dans la manière dont le sport est mis en œuvre. (Management of Sports Development, 3383–3385)

On peut dire la même chose du milieu de travail et du type d’éthique que les leaders choisissent de favoriser. Cela ne veut pas dire qu’une manière est toujours meilleure que l’autre — des circonstances différentes peuvent exiger des approches différentes. Et bien sûr, les choses ne sont jamais aussi claires dans la vie réelle que dans une expérience mentale comme celle que je propose ici. Mais c’est toujours une question intéressante à vous poser, ne serait-ce que pour déterminer où vous vous situez personnellement dans ce continuum conceptuel : devriez-vous diriger votre équipe en tant que club de sport communautaire axé sur l’inclusion et le développement à long terme, ou en tant que club hautement sélectif basé sur un programme athlétique ultra compétitif axé sur la victoire avant tout ?