Rien n’est impossible pour Michelle Jorgensen

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Peu importe l’obstacle qui se dresse devant elle, Michelle Jorgensen n’a jamais peur d’y mettre les efforts pour le surmonter. Judokate depuis maintenant trois ans, la Britanno-Colombienne excelle dans plusieurs sports et continue d’écrire son histoire, tout en étant une inspiration pour la prochaine génération d’athlètes.

Née avec une déficience visuelle totale, Jorgensen a toujours été intéressée par le sport, mais ce n’est qu’à l’âge de 23 ans qu’elle a enfin pu découvrir sa passion, s’y adonner pleinement et, surtout, librement.

« Je suis née dans une petite ville où tous les gens me disaient que je ne pouvais pas faire de sport parce que j’étais non-voyante, qu’ils ne pouvaient pas m’enseigner », indique celle qui a toujours cru en elle, malgré les nombreuses embûches.

« Quand je suis allée à l’université, j’ai trouvé un cours d’autodéfense et je suis tombée en amour avec le sport. J’ai ensuite commencé à m’entraîner plusieurs fois par jour, dans différentes disciplines. En réalité, j’organisais mon horaire d’université en fonction des horaires des gymnases où je m’entraînais », poursuit-elle en riant.

Michelle Jorgensen avec le judogi blanc en compagnie (de gauche à droite) d’Andrzej Sadej, de Priscilla Gagné, d’Ami Yamasaki et de Justin Karn.

Cinq ans plus tard, force est d’admettre que la jeune femme a prouvé qu’il est possible de réaliser ses rêves les plus fous et même plus, peu importe son handicap. Diplômée de l’Université de la Colombie-Britannique, elle occupe un poste au gouvernement de sa province, en plus de se consacrer à une multitude de disciplines sportives.

Sa détermination et, faut-il le souligner, son talent l’ont amenée jusqu’à l’obtention de ses ceintures bleues en jiu-jitsu brésilien et en judo. Également adepte de boxe thaïlandaise (muay-thaï), de pole dance, de fitness aérien et de Zumba, elle vit toujours à 100 milles à l’heure et repousse sans cesse ses propres limites.

« C’est assez terrible! Je me lève à 5 h 30 tous les matins de la semaine et je m’entraîne au moins trois heures par jour, du lundi au vendredi, en plus de travailler à temps plein. Le samedi et le dimanche sont mes journées de congé, parce que je ne fais qu’un entraînement par jour », lance-t-elle avec une touche de sarcasme.

Un exemple pour tous

Forte d’une personnalité pétillante et d’une volonté de fer, Michelle Jorgensen incarne les valeurs du judo en développant ses qualités physiques, psychologiques et sociales, ce qui lui permet de continuer à se dépasser jour après jour. Ses succès dans le sport font aussi d’elle un modèle à suivre pour la relève.

« Après ma première compétition de judo, j’ai reçu quelques messages de parents de jeunes enfants non-voyants qui avaient entendu parler de moi et qui étaient complètement euphoriques. Il y a aussi de jeunes filles qui s’entraînent au même endroit que moi, dont la petite Jordan, pour qui je suis devenue une idole. C’est assez spécial, mais c’est très cool de voir qu’on me prend en exemple. »

Et comme le mentionne Jérémy Lebris, directeur du développement du sport et entraîneur-chef à Judo BC, elle n’hésite jamais à redonner au suivant. « Elle est très impliquée dans la communauté du judo. Elle se propose toujours pour aider les autres à s’améliorer. Elle a même commencé son programme de certification d’entraîneure qu’elle devrait terminer dans les prochains mois. Elle a un impact positif sur tous les gens qui l’entourent. »

Qui plus est, elle a organisé des campagnes de financement et a incité les gens à faire de bonnes actions gratuites plutôt que de la soutenir financièrement pour ses compétitions, montrant tout son altruisme.

« Quand j’étais petite, j’ai vécu ce que c’était de devoir toujours voyager à l’hôpital avec mes parents et depuis que je fais de la compétition, je me suis impliquée dans des campagnes de financement pour différentes causes. Plus récemment, avec la pandémie, j’ai incité les gens à aller faire un don de sang. C’est complètement gratuit et ça peut sauver des vies. Je n’ai pas besoin d’argent. J’ai un bon travail, je vis confortablement et je suis heureuse avec mon style de vie », insiste-t-elle.

Pleine d’ambition

Après avoir commencé l’entraînement sur le tatami en septembre 2018, Michelle Jorgensen a obtenu de bons résultats à ses deux premiers tournois en carrière. Elle a d’abord été sacrée championne chez les moins de 70 kg aux Championnats parapanaméricains de Montréal en 2019, avant de terminer cinquième au Grand Prix de Warwick, en juin dernier.

À moyen terme, elle veut poursuivre son apprentissage de la réglementation de son « nouveau » sport, tout en progressant pour un jour obtenir sa ceinture noire. Pour ce faire, elle compte tirer profit de son entraînement multidisciplinaire, un atout qui lui permet de se démarquer contre n’importe quelle rivale.

« Je suis concentrée sur le judo, mais aussi sur tous mes autres sports. Tout ce que je pratique m’aide en judo, surtout le jiu-jitsu. Ça me permet d’être très forte au sol, tellement que mon entraîneur ne veut plus m’affronter », blague celle qui s’entraîne au club de judo de Kelowna.

Andrzej Sadej, entraîneur en chef de l’équipe canadienne de parajudo, est évidemment bien heureux de pouvoir compter sur une recrue du calibre de la Britanno-Colombienne. « Michelle apporte beaucoup de personnalité au programme paralympique. Elle veut être vue comme une personne fonceuse, mais elle est aussi très sensible et intelligente comme j’ai pu le constater dans de nos rencontres. J’ai hâte de continuer à l’accompagner dans sa carrière de judo au cours des prochaines années. »

Andrzej Sadej, head coach of the Canadian Parajudo team, is obviously thrilled to have a rookie of the British Columbian’s calibre. “Michelle brings a lot of personality to the Paralympic program. Tough go-getter as she wants to be seen, she is in fact a very sensitive and smart sweetheart which I learn about her during our few encounters. I am looking forward to the next few years to assist in her judo career.”

Les Jeux paralympiques de Paris sont maintenant dans sa mire. Elle espère pouvoir représenter son pays comme sa compatriote Priscilla Gagné. « Elle est incroyable! Je l’ai accompagnée pour des compétitions et elle a toujours une belle énergie. Elle a tout donné à Tokyo malgré les blessures. J’espère pouvoir aller aux Jeux à mon tour tout en aidant mes coéquipiers à y arriver aussi. On m’a beaucoup aidée dans mon cheminement, alors si je peux aider à mon tour, je le ferai avec grand plaisir. »

Chose certaine, Michelle Jorgensen fait mentir ceux qui n’ont pas cru en elle. « On m’a dit que je ne pourrais pas apprendre à nager, que je ne pourrais jamais jouer de piano parce que j’étais non-voyante. Maintenant, je fais plusieurs sports et j’excelle tellement que mes partenaires d’entraînement doivent se protéger en tout temps. Finalement, je n’ai jamais été le problème », conclut-elle.

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